Le commerce de l’eau
par María García et Gonzalo Marín (le 3 décembre 2007)
À l’heure où les privatisations de services publics sont d’actualité, en France ou ailleurs, il n’est pas inutile de revenir sur le bilan des expériences menées dans ce domaine. L’article publié ci-dessous, rédigé par deux membres de l’ONG espagnole Ingeniería Sin Fronteras, traite d’un des secteurs de service public, l’eau. Il prolonge ainsi les différents articles publiés par Dial autour de l’enjeu que représente l’eau et des efforts – parfois couronnés de succès, comme en Uruguay – d’organisations de la société civile pour en faire un bien public inaliénable. Ce texte est paru en juillet 2006 dans le numéro 22 de la revue Pueblos, consacré aux multinationales.
Depuis la fin des années 1980, la part des investissements privés dans les services publics, et particulièrement dans le secteur de l’eau, n’a cessé d’augmenter. Dans les pays du Sud, cet accroissement a provoqué de nombreux conflits et déclenché, dès la fin des années 1990, un renversement de tendance. En effet, attirées par d’autres régions, les entreprises espagnoles du secteur de l’eau ont progressivement quitté l’Amérique Latine, leur marché traditionnel.
La tendance à la participation d’investisseurs privés dans le secteur de l’eau, initiée à la fin des années 1980, est notamment le résultat de l’acceptation, au plan intellectuel, des principes directeurs formulés lors de la Conférence internationale sur l’eau et l’environnement de Dublin (1992) et, plus particulièrement, du principe selon lequel « l’eau, utilisée à de multiples fins, a une valeur économique et devrait donc être reconnue comme bien économique ». C’est ainsi qu’a débuté le processus de privatisation du secteur de l’eau en Amérique Latine, en Afrique et en Asie.
Opposés à ce principe, plusieurs associations et ONG ont demandé que l’on reconnaisse l’accès à l’eau comme un droit universel, position confortée en janvier 2003 par l’Observation générale n° 15 du Conseil économique et social de l’ONU, précisant que « […] l’eau est une ressource naturelle limitée et un bien public ; elle est essentielle à la vie et à la santé. Le droit à l’eau est indispensable pour mener une vie digne. Il est une condition préalable à la réalisation des autres droits de l’homme ». En d’autres termes, l’eau ne peut être considérée comme une marchandise, et son accès est un droit. Le Nord s’abreuve au Sud...
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