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Site officiel de Constant Vanier - L'Opinion d'un nobody, le livre : Extrait

L'OPINION D'UN NOBODY... (extrait)


Chapitre deuxième



Science et religion : deux mille ans plus tard.


Justement de ce génie humain, qu’en est-il du mécanisme de notre pensée, s’est-il amélioré depuis deux mille ans ? Sommes-nous en mesure d’un meilleur discernement ?

Voyons en premier quelques faits historiques.

Selon les exégètes de la Bible la Terre existait depuis 5 000 ans et le monde, à partir d’Adam et ève dans le paradis terrestre, avait été créé en l’an 4004 avant J.-C. C’est-à-dire qu’aucun homme n’avait vécu avant cette date. Avec des déclarations liminaires de la sorte, on peut comprendre pourquoi le reste fut si mal interprété. Parce que c’est bien ce que nous pensions encore, il y a de ça 300 ans. Pour sa part, Philip Gosse, naturaliste anglais du dix-neuvième siècle et farouche opposant aux théories de l’évolution, donc au fait que la Terre soit âgée de millions d’années, posa la question suivante : Adam et ève avaient-ils un nombril ? Une interrogation qui, selon l’histoire, aurait fourni la matière d’années de réflexion aux biologistes et aux philosophes. Encore au début de ce XIXe siècle, même lorsqu’ils connaissaient la théorie de Copernic sur les planètes et les astres, les érudits acceptaient les textes de la Genèse comme LA vérité. En réalité, l’apparition de l’Homme s’est révélée un peu plus complexe et lointaine. Surtout, elle n’avait rien de soudain.

L’anthropologie actuelle nous apprend que ses origines reculeraient aussi loin qu’une trentaine de millions d’années. En fait, l’homme moderne (Homo sapiens sapiens) ne serait apparu qu’il y a 100 000 ans en Afrique et au Moyen-Orient, et parvenu en Europe vers – 40 000 ans. La première lignée d’ancêtres, les hominoïdes, remonterait en effet aux alentours de 30 à 20 millions d’années. Englobant trois grandes familles dont celle des hominidés, le chimpanzé, le bonobo et le gorille, celle de l’orang-outan et celle des gibbons, à travers l’évolution cette branche, ou lignée, se serait différenciée de celle des hominoïdes, il y 20 à 15 millions d’années. Ensuite se seraient succédé les Australopithèques, Homo habilis et Homo erectus jusqu’à l’Homo sapiens, soit les hommes de Neandertal et de Cro-Magnon. Ces deux derniers, qui aboutirent au genre humain, partageaient suffisamment de traits avec nous pour recevoir le substantif homme. Enfin, l’âge des plus vieux fossiles attribuables à l’humain, ceux de l’Homo habilis, daterait de 2,4 millions d’années.

De cette famille d’hominidés à laquelle nous appartenons, nous partageons diverses similitudes physiques, souligne la science. Je dirais psychiques même. Il suffit d’observer le regard furtif d’un chimpanzé ou pénétrant d’un gorille pour s’apercevoir que derrière ces yeux se cachent des émotions qui rapprochent drôlement les nôtres. Aujourd’hui, dans le langage scientifique, on ne dit plus que l’homme descend du singe, mais bien l’homme EST un singe.

L’humanité est certes bien jeune. Pour mieux se représenter l’échelle du temps, je vous fais part d’une magnifique analogie que je lus un jour dans une encyclopédie Sélection du Reader’s Digest, Que s’est-il vraiment passé ? : « … on peut imaginer que l’histoire de la Terre correspond à un livre de 1000 pages. La formation des Alpes se placerait page 997. L’ère quaternaire, dans laquelle nous vivons encore, commencerait en haut de la page 1000. L’homme de Neandertal n’apparaîtrait pas avant la dernière ligne de cette dernière page, et la première grande civilisation, celle de la Mésopotamie, se situerait à la huitième lettre avant la fin. »

Pas étonnant que nous en soyons encore à l’étape de l’autodestruction.

Dans l’Antiquité la spiritualité exprimait une distinction divine entre les hommes et les animaux. Parfois en faveur des animaux, parfois en notre faveur, mais peu importe. Originaux comme nous sommes, avec les innombrables connaissances acquises grâce à la science à ce jour, nous persistons encore dans cette différenciation. Une conception fausse qui dans l’esprit de la multitude, incluant celle des croyants, ne fait que perpétuer le mythe. Notre destinée, différente des autres êtres vivants, serait divine. Si l’on compare le temps d’évolution jusqu’à nous avec la période depuis laquelle nous avons (presque) abandonné toute fausseté à propos de nos origines célestes, à peine cent cinquante ans, il fut bien long le chemin à parcourir pour ne plus nous différencier des animaux. Oui, l’homme est un animal, mais nous bénéficions, semblerait-il, de l’intelligence humaine, dont la conscience. Quel honneur pour le règne animal ! Parce qu’intelligence humaine ou non, nous démontrons une difficulté infinie à bien l’utiliser. D’autant plus qu’à l’opposé des animaux qui, eux, vivent en constante harmonie, notre facilité à créer des déséquilibres est déconcertante. Selon mon analyse, ce n’est pas un centenaire ou deux de modernisation qui permettra que l’on se qualifie d’espèce civilisée. Ça crève les yeux, l’homme retient beaucoup plus du dinosaure agressif et sanguinaire que d’un seul des dieux qu’il aura inventés. Si j’étais Dieu, jamais je n’aurais voulu créer l’homme à mon image..., j’aurais trop honte.

Cela me rappelle lorsque j’étais petit, à l’école, on étudiait le catéchisme et la pratique du catholicisme. Le dimanche matin, accompagné de mes frères, quand je fréquentais la messe dominicale avec assiduité. Quelle piété nous vivions ! Bon, j’avoue que je m’y rendais plus par exigence parentale que par dévotion. Non pas que je fus contre (j’étais trop jeune pour l’être), mais cette histoire de Rois mages, de naissance et résurrection du Christ, ça ne ressemblait à rien de plus qu’à de l’histoire. Bien enjolivée, peut-être, n’empêche que dans ma tête d’enfant cela ne demeurait pas moins que de simples faits historiques. Comme ceux appartenant à l’histoire du Canada. Malgré l’intensité du révérenciel, du chichi carnavalesque autour de l’évènement, je n’arrivais pas à comprendre. Me dépassait complètement cette liturgie déferlant en messes, offrandes, confessions, pénitences et tutti quanti. Comme si j’avais déjà saisi que le message était malhabilement passé. Non moins ce qui poussait cette marée de gens appelés fidèles à se réunir pour écouter un sermon la plupart du temps redondant et soporifique, en restant assis pendant soixante longues minutes sur des bancs de chêne durs et inconfortables. À se prosterner devant une orgie de statues tout aussi imposantes que grotesques pour le jeune garçon que j’étais. Encore moins le pourquoi des ablutions comme le baptême, la confirmation, la circoncision, ou les privations telles que le carême, les vendredis maigres et la continence. Toute cette bave de caprices ridicules qui dans un paroxysme de superstitions contagieuses devaient se couronner en parousie. Déjà, la religion confondait et exaspérait mon fragile et jeune esprit.


Le pourquoi que des millions de personnes depuis des siècles et des siècles, génération après génération, avaient basé leur existence sur ce seul personnage historique m’échappait. M’échappe toujours. S’il était une chose à comprendre, n’était-elle pas de faire la distinction entre message et messager ? Entre message et traditions surannées ? De toute manière, je ne connaissais pas le sens du mot abnégation. Mais si j’avais dû en manifester, cela aurait été envers des êtres chers, et non envers quelques personnages bibliques, encore moins un dieu imposé. À cette heure, je ne sais pas si ce détachement fut causé par le début du déclin du catholicisme ou s’il était attribuable à ma seule résistance personnelle.

Ouf ! la première de mes doléances est crachée… soulagé, je poursuis.

Après divers précurseurs tels que Platon, Aristote et Aristarque d’avant Jésus-Christ, Claude Ptolémée, célèbre astronome et mathématicien du deuxième siècle, fut celui qui en imaginant la Terre au centre du monde [géocentrisme, le concept de l’Univers n’existait pas à cette période] posa les fondations d’une conception qui allait durer plus d’un millénaire. Une observation naïve, mais pardonnable compte tenu des moyens du temps, et qui avait dû convenir à la perfection à l’église. On ne peut qu’imaginer l’empressement avec lequel celle-ci put accaparer cette précognition « ptoléméenne », pour l’ajouter ensuite à sa déjà riche collection de dogmes et de contrevérités. Désormais, personne ne pouvait la contredire, que sous peine de mort. En effet, il fallut attendre mille trois cents ans pour que Nicolas Copernic, un modeste administrateur polonais de l’église catholique romaine, brise en mille morceaux l’affirmation du célèbre astronome grec. Modeste peut-être, mais certes érudit puisqu’en plus d’être astronome Copernic était médecin, économiste, avocat et mathématicien. Avec une audace sans doute risquée, il révolutionna tout ce qui avait précédé en remettant les astres à leur place. La croyance séculaire vacilla jusqu’à ébranler le coeur même des milieux religieux et politique. À un point tel que les autorités le virent comme un révolutionnaire menaçant et l’obligèrent à retarder la publication d’une œuvre colossale dont il fut l’auteur, De revolutionibus orbium coelestium libri (Des révolutions des sphères célestes) publié en 1543, peu avant sa mort. Ouvrage dans lequel il postule que le Soleil, immobile, se trouve au centre du monde (héliocentrisme), et non la Terre.

Quelques années plus tard, en 1609, ce fut au tour de l’astronome et physicien italien Galilée de vivre ses déboires et de buter contre l’incrédulité du Clergé. Le brillant savant originaire de Pise fut le premier à observer le ciel à l’aide d’un télescope : un soir, fatigué d’observer les lointains navires, l’homme de science pointa sa lunette astronomique vers le ciel. Fasciné par ce qu’il vit, il scruta les étoiles au point d’y découvrir les montagnes lunaires, les phases de Vénus et quatre corps célestes accompagnant Jupiter. Favorable à son prédécesseur, il se lança dans une campagne visant l’acceptation de la théorie de Copernic. À sa grande déception, Galilée vit en 1633 son approche cosmologique condamnée de manière catégorique par les représentants de Dieu, le tribunal de l’Inquisition. L’Histoire rapporte qu’il est peu probable qu’il ait été torturé, mais seulement menacé de torture. Le 22 juin de cette même année, c’est à genoux et en jurant sur la Bible toutefois que Galilée [j’imagine la scène] dut renier la fausse doctrine du Soleil immobile au centre du monde. Sous la foi du serment on le força donc à promettre « qu’à l’avenir il n’émettrait rien, ni de vive voix, ni par écrit, et qu’au contraire il dénoncerait à l’Inquisition les personnes hérétiques ou suspectes d’hérésie qu’il viendrait à connaître » ! Il vécut en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1642.

Puissante cette église, non ?

Dans le petit cerveau des hommes l’Univers prit peu à peu de l’expansion. Ce ne fut qu’au début du siècle dernier, donc il y a à peine cent ans, que l’astrophysicien américain Edwin Hubble renversa derechef notre conception du cosmos. La communauté scientifique de l’époque croyait dur comme fer que notre galaxie était l’univers entier et qu’il contenait tous les astres existants. Hubble, dédiant sa vie à l’observer au point de répertorier et mesurer de nombreuses galaxies prouva la fausseté de cette croyance. L’Univers était beaucoup plus vaste que tout ce que nous avions pu imaginer auparavant. Désormais, non seulement il n’était ni fixe ni immuable, mais il explosait avec une violence inouïe.

C’est une question d’échelle. Le cosmos est si vaste qu’il paraît fixe. D’ù l’erreur de nos ancêtres. Un événement céleste comme l’explosion d’un soleil devenu supernova, par exemple, a beau être puissant et démesuré, son éloignement fait en sorte que nous y voyons que de l’immobilisme. Car la lumière produite, si intense soit-elle, peut prendre des millions d’années à nous parvenir, selon la distance. S’il se produisait à proximité, nous n’aurions même pas le temps d’y...

Un exemple hallucinant est celui de la nébuleuse de la Carène. Une nébuleuse géante distante de plus de 9 000 années-lumière dans le grand Bras du Sagittaire, loin au-delà de notre galaxie (une année-lumière est la distance que parcourt la lumière durant une année à une vitesse de 300 000 kilomètres par seconde). Scientifiquement connue sous la référence NGC3372, son diamètre équivaut à 460 années-lumière et sa brillance est forte au point d’être visible à l’oeil nu (depuis l’hémisphère sud). Plus particulièrement, entre autres phénomènes stellaires, elle contient l’étoile Eta Carinae qui vers 1848 était la deuxième étoile la plus visible du ciel. Une étoile super massive en explosion, dont les poussières et les amas de gaz s’éloignent à une vitesse dépassant les 3 millions de kilomètres par heure. Sur une des rares photos de l’étoile, prise grâce au télescope spatial Hubble*, se traduit qu’une parcelle de cette violence cosmique : la lumière émise par Eta Carinae est cinq millions de fois plus intense que celle du Soleil, et pourtant les gigantesques nuages qu’elle éclaire ressemblent qu’à de simples ampoules de Noël. Et dire que l’Univers contient des milliards de ces évènements célestes !

On estime qu’il existe des milliards de milliards de soleils comme le nôtre dans le cosmos. Que dans notre propre galaxie, la Voie lactée, elles se chiffrent par centaines de milliards. D’innombrables étoiles autour desquelles peuvent graviter des planètes qui, selon toutes probabilités au cours des quelques 13,7 milliards d’années passées, âge estimé de l’Univers, pourraient avoir accueilli la vie. Une forme de vie plus primitive, plus avancée ? Tout est possible. Similaire à la nôtre..., pourquoi pas ? Mais tant que la science n’en aura pas la preuve concrète, elle ne pourra le confirmer. À ma profonde intuition, par extrapolation psychique, c’est une certitude. Que nous la trouvions n’est qu’une question de temps..., et de distance. Nous le savons dorénavant, la vie naît du bouillonnement cosmique. La formule ; quelques éléments chimiques, de la chaleur, de la lumière, de l’électricité, et tout est prêt pour le miracle de la vie. Le nôtre remonterait à 3,8 milliards d’années. Vous n’avez qu’à mettre le nez dans une encyclopédie astronomique et observer les extraordinaires photographies de galaxies et de superamas de galaxies pour que monte en vous un sentiment d’humilité, également de conviction. Le pourquoi relevant encore du mystère, on propose que cette formule ait pu s’organiser quelque part dans l’interstellaire et aboutir sur Terre pour se développer en la vie telle que nous la connaissons. Que ce processus ait eu lieu dans le cosmos ou sur la Terre, il ouvre la porte à plusieurs hypothèses, et n’exclut pas la possibilité qu’il ait eu lieu ailleurs, dans d’autres galaxies. Cela me rappelle un article de William R. Newcott publié par le magazine National Geographic en 1997 qui disait : « Les astronomes, se sortant la tête par le télescope Hubble la première fois, même à une distance de 8 000 années-lumière sentirent que l’œil de Dieu les observait toujours. » À mon opinion, il faut être déconnecté pour croire que nous seuls représentons la vie dans toute cette immensité.

* [Concernant le téléscope Hubble, voyez également le très intéressant site Hubble Site - Gallery]


Jusqu’où irions-nous ?

À ce titre, si nous divaguions un peu. Par leurs visites, imaginaires ou non, les extraterrestres n’ont jamais rien fait de plus qu’échauffer l’esprit de certains et alimenter l’industrie cinématographique. Mais qu’arriverait-il si un jour nous devions faire face à des extraterrestres ? Rien que d’y penser n’en fait saliver plusieurs. D’autres, plus conformistes, n’attribuant le privilège de la vie qu’à l’homme, rageraient sûrement de voir leurs fausses croyances s’écrouler. Et justement, ces dogmatiques, ces intégristes, iraient-ils jusqu’à contredire leur savoir, leur sagesse ? [Pour moi, contrairement à la plupart des bizarreries cinématographiques, des êtres capables de traverser les galaxies ne peuvent être que sages]. Pousseraient-ils leur fanatisme au point de rejeter cette vie venue d’ailleurs ? Transposeraient-ils le conflit de la croyance humaine hors de cette Terre ?

Quelquefois c’est en poussant l’extrapolation qu’on réalise que les choses ne tiennent pas la route, qu’on distingue leur vraie couleur. En l’occurrence l’irrationnel de nos croyances religieuses. Le ridicule des applications que l’on en fait.

Comme il est grotesque de concevoir un dieu que pour nous. Pour quelques-uns d’entre nous. Mais aussi, qu’il est obtus d’entretenir une discrimination entre hommes. Entre hommes et femmes. Si un peuple alien nous visitait un jour, s’il avait développé cette capacité, ne serait-ce pas parce qu’il se serait débarrassé de toute mythomanie ? Ne serait-ce pas parce qu’il aurait survécu au délire ?

On est incapable de s’entendre entre races, je ne vois pas comment on pourrait accueillir une espèce extraterrestre.

Si l’on résume, il y a deux mille ans, notre esprit était inapte à concevoir autre chose que NOUS au centre de l’univers. Il y a cinq siècles, nous y imaginions que le Soleil. Il y a cent ans, nous le limitions qu’à notre seule galaxie... Doit-on s’étonner que nous ayons encore de la difficulté à extrapoler ? À s’ajuster ? De très loin l’homme préfère s’asseoir sur ses idées et s’accrocher mordicus à l’ordre mental déjà établi. À l’encontre de son insatiable curiosité d’en savoir plus, il manifeste une réticence indéniable aux changements, à modifier ce qu’il croit. Les conséquences destructives de ce réflexe, disons inné, a fait ces preuves par le passé et nous pourrions penser que, par un savoir accru, il se serait atténué depuis. À mon avis, aucunement. Il s’est plutôt amplifié. Il influence à présent nos moindres dispositions.

Une fois ancrées, la croyance dans l’esprit, l’habitude dans le geste, impossible de changer. L’homme est une résistance.


Deux grands courants

De notre temps et bien que cela ne soit pas une évidence, les deux grands courants que sont la science et la religion conduisent plus que jamais la pensée de l’homme. Cette fois, avec une influence plus subtile. Ou grossière, dépendant du point de vue. La science par son expansion et par sa commercialisation, la religion par son inébranlabilité. La religion..., inébranlable ? Je fabule, direz-vous. Je ne crois pas. Si chez nous, et ailleurs, elle a reculé par rapport aux rites et coutumes dont je viens de me plaindre, la plupart de ceux-ci et bien d’autres sont encore fortement ancrés parmi les nations, gardant notre esprit bien attaché au sol.

Curieuse image… la religion tenant l’esprit au sol !

Le courant dominant, pas de doute, c’est la science. À la différence des affrontements de l’Antiquité, et en raison de leur caractère, les découvertes et les inventions qui surviennent en abondance depuis deux cents ans n’influencent plus que la communauté scientifique, ou l’Église (le Vatican) à l’occasion, elles bouleversent l’intégralité de la vie humaine. C’est par un développement fulgurant que la science, elle-même devenue tentaculaire, a poussé un grand nombre de domaines vers des débouchés spectaculaires. Qui a permis de créer de nouveaux secteurs d’activité, d’autres technologies. En passant au début par l’électricité et l’électronique, puis maintenant par l’informatique, la biotechnologie et la robotique, toutes ces nouvelles sciences appliquées à la médecine, à la pharmacologie et à l’industrie automobile, à titre d’exemples, ne reflètent qu’une minime partie de cette révolution. Elles renferment des avancées qui touchent intimement notre quotidien. D’une certaine manière, elles nous auront fragilisés.

La science explore et expérimente sans cesse, repoussant chaque fois les limites. Elle transforme nos vies. Également, c’est grâce à la science que nous découvrons et comprenons mieux l’intrinsèque interrelation des écosystèmes de la Terre, notre biosphère. Pourtant, malgré nos découvertes, malgré la magnificence et la fragilité des choses qui nous entourent, en tant qu’espèce intelligente, nous persistons à faire preuve d’une suffisance innommable. D’un irrespect honteux. Honteux envers nous les humains et envers notre planète. Je parle ici, bien sûr, de notre mécanisme mental. Notre façon collective d’aborder la vie au cours des siècles passés n’affiche qu’une piètre amélioration. Et cela, c’est en admettant qu’il en ait eu une. Et du moment coup, comment ne pas soulever la question de la génétique ? Avec toutes les conséquences que l’on y reconnaît peu à peu, l’effet des OGM sur la flore, la faune, et sur notre alimentation… En ce sens, la science va-t-elle trop loin ? Devrait-elle s’imposer des limites ?

Ce que je dénigre le plus toutefois est notre temps de réaction. Notre lenteur à préserver tant de splendeur. Non seulement nous résistons à modifier nos croyances (religieuses incluses), nous ne respectons pas les résultats de nos expertises scientifiques lorsque ceux-ci exigent de nous une réaction. Si on réfère à notre capacité de modifier nos modes de vie quotidienne, la chose devient franchement décevante. Que nous en apprenions plus sur l’âge de l’Univers change peu de choses, mais apprendre que l’activité humaine affecte l’atmosphère, la terre et les océans, aurait dû provoquer chez les hommes une réaction collective immédiate. Hélas...

Qu’elle est profonde notre inconscience !

Du côté de la modernisation, la science pousse tout à l’extrême. Par son exploration, sa décortication incessante du moléculaire elle a créé une multitude peurs souvent inutiles dans la praticité des choses. Étrange, dans sa rationalisation systématique elle nous fait perdre notre rationnel. J’avancerais même qu’elle pousse à l’extrême tous ceux qui, dans une mesure variable d’inconscience, l’exploitent, la commercialisent et l’utilisent. Si la science est la mère de la modernisation, la modernisation (matérielle) est sans doute la mère de l’encombrement. Nous sommes dépassés par un trop-plein de connaissances et de nouveautés. Le mécanisme de notre esprit ne suit pas…, ne suit plus. Quelques-uns voudront la blâmer, cette modernisation. En réalité, ce sera nous qui aurons négligé notre esprit.

Bien qu’il puisse paraître d’exception, voici un bel exemple de modernisation et de commercialisation extrêmes ; la miniaturisation. Récemment, quelque part en Angleterre une entreprise spécialisée effectuait un sondage auprès du public, à savoir s’il accepterait l’implantation d’une carte de crédit miniaturisée en puce électronique dans le poignet. La commodité de la chose étant l’argument de vente, la réponse fut positive. De la part des jeunes surtout. Peu rassurant, non ?

La miniaturisation n’est pas mal en soi. C’est son application extrême qui risque de le devenir. Mon imagination m’amène à visualiser qu’il n’y a, par la suite, qu’un pas vers le contrôle direct des humains. Pour les entreprises, pour les gouvernements…

On est loin de Cro-Magnon, qui lui était libre d’aller et venir.

C’est notre incapacité à s’arrêter, à demeurer dans l’équilibre que je souligne ici.

De son côté la religion, le second courant, est celle qui à notre époque se trouve occultée. C’est-à-dire qu’elle veille au grain et n’y met son nez qu’en cas d’extrême nécessité. Le mot occulté est volontaire, parce qu’au premier coup d’œil on croirait qu’elle a reculé, voire cédé face à la modernisation, et de beaucoup. Mais l’a-t-elle vraiment fait ? Je crois plutôt qu’elle ressemble à un prédateur guettant sa proie, n’attendant que l’instant parfait pour bondir.

Le mot viendrait du latin re-ligare ; pour re-joindre ou re-lier, classiquement compris pour signifier la relation de l'humain au divin, aussi les humains les uns aux autres. Relier les hommes à Dieu ? Les hommes entre eux ? Je suis étonné de cette définition, parce que les diviser en est plutôt sa portée…

Mais au fait, qu’est-ce que le divin ? Une question qui au cours de l’histoire engendra un excès d’interprétations pas toujours catholiques. Afin de ne pas couper le fil de mon incursion science-religion, je partagerai ma propre conception du divin que dans le prochain chapitre.

Si la science puise ses origines en partie dans l’astronomie, la première forme de religiosité, elle, remonte beaucoup plus loin chez nos ancêtres primitifs. Lorsqu’un homme de Neandertal, il y a 40 000 ans, aurait senti le besoin d’ensevelir un de ses congénères mort. Ce qui représente probablement la première prise de conscience. La conscience d’être, je veux dire. Autrement dit la première notion d’un être suprême, ou de quelque chose de supérieur du moins. Sautant quelques dizaines de millénaires, c’est vers l’an 1900 av. J.-C. que la religion prend tout son essor. Lorsque Abraham (mot signifiant ami privilégié), à la demande de Dieu, selon la Genèse, s’apprête à immoler son fils unique, Isaac, dans le dessein de sceller l’Alliance entre Dieu et les hommes. Plutôt contradictoire comme requête puisque lors d’une apparition précédente, le Créateur lui aurait promis de nombreux descendants, et là, Il lui demandait de sacrifier son fils unique...

À la moindre lecture de textes explicatifs ou descriptifs, contradictions et divergences jaillissent de partout. Il est donc peu étonnant de constater à quel point les trois mouvements abrahamiques, soit le judaïsme, le christianisme et l’islam, purent s’entrechoquer. Comme trois frères en continuelle discorde. Trois progénitures de même obédience qui à travers la Torah, la Bible et le Coran interprètent la vie de leur Père spirituel ainsi que le parcours des évènements si différemment, en s’attribuant des privilèges propres et en s’infligeant des restrictions bien distinctes. De vieux textes truffés d’épopées qui rendent l’histoire de l’humanité tantôt spectaculaire, tantôt dramatique. Excepté que tout cela se passait… il y a 4 000 ans. Serait-il possible que, des dizaines de siècles plus tôt, l’euphorie et l’ambiguïté se soient introduites dans la plume de ceux qui les ont écrits ? Il est presque accablant de se rappeler la virulence avec laquelle juifs, chrétiens et musulmans, mais aussi catholiques et protestants, sunnites et chiites se seront livrés bataille au cours des siècles. D’horribles massacres causés par des divergences d’interprétations, de croyances ou par des quiproquos qui, les uns après les autres, ont dégénéré en rancœurs séculaires. Cependant, il est alarmant de savoir que cette profonde haine, basée sur des événements qui se sont produits des siècles, voire des millénaires auparavant nous rejoigne encore aujourd’hui.

La religion aurait-elle donc pris du recul depuis ? Sempiternelle, elle obnubile l’esprit de l’homme.

Sur la planète on dénombre actuellement 2,1 milliards de chrétiens et 1,3 milliard de musulmans. Par importance numérique viennent ensuite les hindouistes, 900 millions ; les pratiquants de la religion traditionnelle chinoise, 394 millions ; les bouddhistes, 376 millions ; les confucéens et taoïstes 226 millions [ces trois derniers sont considérés comme des spiritualités] ainsi que les « confessions rémoras » qui totalisent environ 400 millions. Les non-croyants incluant apostats, agnostiques et indifférents se situeraient entre les 1,1 et 2,1 milliards [chiffre difficile à estimer, semblerait-il]. De ces chiffres, deux questions me viennent à brûle-pourpoint. La première : en dépit du fait que la proportion des pratiquants dénombrés ait augmenté avec le temps, combien y en a-t-il parmi eux qui ne pratiquent que peu ou pas ? Combien parmi eux, par automatisme d’enregistrement procédural, se retrouvent répertoriés dans les statistiques comme des fidèles actifs, mais qui dans les faits ne le sont plus du tout ? Des hommes et des femmes pour qui la vie n’a plus rien à voir avec la religion, ni en pratique ni en pensée, mais plutôt avec le fait d’être en harmonie avec soi-même, avec la nature. La seconde : les non-croyants peuvent-ils être vraiment considérés comme tels ? En mots directs, ne pas adhérer aux définitions qu’entretiennent les religions, cela fait-il de quelqu’un un non-croyant ?

Ici entre en jeu une distinction incontournable : la différence entre religion et foi. Les religions sont des cultes de groupe, la foi une valeur individuelle. J’aurais pourtant cru que le temps nous favoriserait. Que notre esprit s’en dissocierait. Ce qui n’est pas le cas. L’humanité n’est pas prête à se suffire que de la foi. D’une foi inconditionnelle basée que sur l’être humain. Sur la Force cosmique qui coule en lui. Du reste, même si je n’étais pas devenu un apostat, même si je ne suis qu’un chrétien statistique, et même si j’étais demeuré pratiquant, jamais je n’aurais défendu ma confession au détriment d’autrui. Dans mon esprit ne réside aucun doute, la vie prédomine sur tous cultes.

La religion est une affaire personnelle, dit-on. C’est faux. Par sa substance groupale, elle ne peut ni entretenir ni conserver un caractère individuel. Bien au contraire, elle crée un effet d’entraînement qui aussitôt l’extrait de l’individualité. Voilà la pierre d’achoppement de nos sociétés laïques : elles acceptent n'importe quelles confessions, sans en reconnaître aucune. C’est l’ouverture d’esprit du modernisme. Le modernisme qui traîne l’archaïsme, dirais-je plutôt. L’existence de la pluralité religieuse, c’est la Tour de Babel en continu. L’acceptation du désordre dans l’ordre. Que la religion soit un choix au départ, je l’admets. De façon irrémédiable, avec le temps, elle deviendra une obligation et un emprisonnement pour l’esprit, et pour le corps. Parce que le prosélytisme, l’asservissement et la soumission font partie intrinsèque de ses missions.

Selon l’astrologie, nous venons de quitter l’ère du Poisson et amorçons celle du Verseau. Cette dernière est celle durant laquelle l’homme se libérera de ses attaches, qu’il prendra conscience de son existence que par lui-même, et pour lui-même. ù il se détachera, en termes mystiques, de la terre et du ciel, n’ayant plus l’obligation psychique de vivre sa vie par l’intermédiaire d’un dieu inventé. En libérant son esprit des complexes humains et en développant un respect sine qua non envers la vie. C’est ce que j’estime comme étant la pensée universelle. La pensée qui nous conduira à la seule foi possible. Louable et viable. Une foi pure, exempte de toute ségrégation et de toute exclusion. Ce qui devrait améliorer notre vision du monde, donc le favoriser. Le sauver même… Mais nous devrons être patients, bien patients. Puisqu’une ère dure environ 2 156 ans. Si l’on compare chacune d’elle à un vaste océan rempli de dangers, il est bien loin le prochain rivage. Au point où nous en sommes, je crois qu’il est impératif que nous forcions sur notre pensée, que nous remplacions l’attente d’une longue amélioration psychique, ou pire, génétique, par des actions immédiates.

À ce point, j’ai envie d’une question qui me brûle les lèvres depuis longtemps. Est-ce que l’homme a besoin de Dieu ? Et pourquoi, par ces concepts si vieux, si dépassés, l’entretient-il ? Ou devrais-je inverser la question, n’est-il pas possible que ce soit ces concepts auxquels nous tenons à en crever qui empêchent le mécanisme de notre pensée d’évoluer ?

Dans les temps anciens, l’incompréhension des hommes était telle qu’ils associaient tout à des divinités. Tout n’était que volonté des dieux. Autant dans la bénédiction que dans la malédiction. Puis vint ensuite le monothéisme. Monothéisme au pluriel serait plus juste, car ils sont nombreux. Déjà, un profond paradoxe germait dans cette nouvelle fondation. Jamais unanimes dans leurs interprétations, avoir foi en un seul dieu devenait plausible, plus simple. Plus pratique. Aujourd’hui, par le contrôle qu’ils (les monothéismes) exercent sur les masses, on sait que la commodité de la chose était véridique, mais la simplicité, elle, s’est vérifiée totalement illusoire. Par la suite, ce sont ces mêmes hommes qui écrivirent les textes que l’on qualifia de sacrés. La crédulité avec laquelle ces textes ont été inspirés est ahurissante. Mais le plus funeste était encore à venir. Lorsqu’ils en virent à les pratiquer et les suivre au pied de la lettre, les hommes se sont eux-mêmes arnaqués. C’est l’erreur humaine la plus gigantesque de l’histoire religieuse. De l’histoire de l’humanité.

Irréfutablement, la science nous a permis (et continue de le faire) d’élargir notre savoir. À chacun de nos pas, nous démystifions un peu plus la Vie. Puisque tout s’explique, en repoussant la frontière de l’incompris, nous éloignons Dieu. C’est le sentiment qui émane de notre modernisme du moins. Une tendance qui en ces temps ne répondait sans doute pas aux idéaux des autorités religieuses et qui a subsisté jusqu’en ce début de troisième millénaire. La différence est qu’elle s’oppose moins à la science et davantage au comportement social comme tel. Pensons à des controverses comme l’avortement, l’homosexualité, l’utilisation du condom, la génétique, etc. Et même s’il y existe une distinction entre Église catholique et religion, il n’est pas moins vrai que les deux préconisent encore l’ignorance à la connaissance, la soumission à la délivrance. De l’esprit, soit-elle, et non pas celle du corps par la mort. Parce que celle-là, elle la prône sans relâche. Comme si le corps était un rebut éphémère que des âmes en quête de mérite habiteraient. C’est pourquoi je continuerai de les inclure dans un seul et même mot. Peu importe la confession. Depuis qu’elle existe la religion s’est toujours montrée récalcitrante devant le progrès, elle est plus que jamais une entrave au mécanisme de la pensée. Elle persiste dans son intégrisme, et s’acharne à créer des différences. La religion, non…, toutes les religions sont inhibitrices.

Sans doute, quelques-uns d’entre vous auront l’impression que je transpose le dilemme de l’Église sur les citoyens à la pensée moderne qui, en apparence, sont exempts des contrecoups possibles. Peut-être. Quoi qu’il en soit, l’omniprésence, l’intolérance et le statisme religieux brillent comme jamais dans nos sociétés modernes. Par le comportement d’autrui, un contexte qui nous affecte tous et qui risque de changer nos vies à n’importe quel instant. Les cas Ptolémée, Copernic et Galilée appartiennent à un lointain passé, mais les persécutions générées par les cultes de groupe ont survécu à l’usure du temps. L’obscurantisme religieux, sous toutes ces formes, est bel et bien vivant [thème que j’approfondirai dans le chapitre des accommodements raisonnables]. Pensons à la découverte du Nouveau Monde, l’Amérique du Sud, par Christophe Colomb, le 12 octobre 1492 ; dès le printemps suivant, le 4 mai 1493, après avoir divisé ce territoire vierge entre l’Espagne et le Portugal, le pape Alexandre VI levait déjà l’interdiction de l’explorer, sous peine d’excommunication.


Obstruction contemporaine

Tout au long de l’histoire, les persécutions ont été le fruit inéluctable des autorités religieuses. Des livres et des livres ont été écrits sur leurs ravages. Un quatrième et dernier exemple, très récent celui-là, que je ne peux m’empêcher de mettre en relief. Celui de la maldonne du pape Benoît XVI, le 12 septembre 2006. Un incident qui, selon moi, révèle l’ampleur de la problématique en dévoilant une énième fois l’étroitesse d’esprit de l’Église catholique, mais également celle de ses rivales. Preuve que non seulement elle (la religion dans sa généralité) ne peut permettre l’évolution de la pensée, sa pensée elle-même n’a pas évolué. L’univers des religions n’est pas qu’intégriste, il est irascible. Passons donc en revue cet incident particulier.

Rappelons-nous que c’est lors d’une réunion à l’université de Ratisbonne en Bavière que Benoît XVI, soulignant en citation un vieux texte, provoqua un tollé planétaire dans la communauté musulmane. Certes au Proche-Orient. L’extrait qui causa l’émoi se réfère à une déclaration faite par le dernier empereur byzantin, Manuel II le Paléologue, qui recule en 1453, à l’époque de la prise de Constantinople par les Ottomans. L’empereur avait affirmé ceci : « Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau, et tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, telles que son ordre de répandre par l'épée la foi qu'il prêchait. » Sans conteste, un soulignement plus qu’inattendu de la part du Chef d’une église qui se dit œcuménique. Mais la réputation de Benoît XVI était déjà connue avant son élection, on savait qu’il a l’islam en aversion. Par la suite, les autorités ecclésiastiques ainsi que certains journalistes plus cléments ont tenté d’expliquer que le Saint-Père n’avait que cité une bribe de ce texte médiéval, celui-ci ne représentant pas forcément son opinion personnelle. Il était trop tard, le mal était fait. Pour ma part, j’y vois une bévue grave. Si le chef de l’Église catholique, symbole suprême de sagesse sur terre (pour les chrétiens), n’a pas voulu offenser, il prit tout de même le temps de relever ledit passage avec précision. Une provocation volontaire ? Possible. Sauf que nous en avions autant besoin qu’un troisième trou dans le nez. Pour tout dire, de l’occupant de ce poste si honorable, je n’ai jamais espéré rien de plus qu’une sagesse symbolique.

Les musulmans ont eu raison de s’offusquer, mais aucune de se montrer violents. La virulence de leur réaction… Une sœur italienne tuée en Somalie, ainsi qu’un leader religieux, Abubukar Hassan Malin, qui exhorta les musulmans à se venger en tuant le souverain pontife sur le coup, sans parler des autres réactions signalées en Grande-Bretagne ainsi qu’en Inde.

Ensuite on dira que la religion ouvre l’esprit..., je préfère dire qu’elle ouvre les têtes… en deux.

À mon œil, il n’en fallait pas plus pour prouver la justesse des paroles de l’empereur byzantin. De même que l’impertinence juvénile du Vatican. Dans un contexte ù les tensions entre l’Islam et l’Occident frisent le paroxysme, le Pape, surtout le Pape, aurait dû choisir un passage plus approprié pour son allocution. Mieux, s’il tenait à une remontrance, il aurait dû faire en sorte de jeter son anathème sur des conflits historiques généraux, et non que sur les musulmans. Idéalement, sa sagesse aurait dû taire le passé. Sans aucun doute, avant de pointer du doigt les islamistes, Benoît XVI avait dû s’assurer de bien cacher sous sa soutane les crimes de sa propre Église : les croisades, la colonisation, l’évangélisation, l’Inquisition, etc.

À ce point, voici la question que je me pose : comment se fait-il que les fidèles, suite à de telles maladresses, ne détectent pas en cet homme la simple nature humaine ? Je veux dire, pourquoi tant de fidèles, en ses paroles, en ses gestes, lui accordent-ils une confiance aveugle ? Pourquoi lui porter tant de dévotion ? Autant le dire. Pourquoi les hommes, à travers le monde, accourent-ils en foule devant les évangélisateurs, devant les prédicateurs, devant les mahatmas et les khalifes ? Pourquoi en ont-ils si besoin ? Pourtant, un minimum de lucidité permet de distinguer avec clarté que la sagesse d’un souverain pontife ou de tout autre chef spirituel ne pourra jamais, jamais dépasser les murailles de son Credo.

Si une telle citation pouvait déchaîner l’hostilité il y a six cent cinquante ans, on ne peut que l’imaginer. Qu’elle soit incendiaire aujourd’hui est la preuve ultime du statisme de la pensée religieuse. Dans leurs têtes de croyants pratiquants, et je les pointe tous sans exception, rien n’a évolué depuis.

C’est en s’accrochant à des rancoeurs du passé que nous détruisons le présent.

Mais faut croire que Benoît XVI n’en était pas à ses dernières bêtises puisque quelques mois plus tard, au cours d’une visite en terres islamiques, il culmina en sagesse en affirmant qu’il n’y avait point de salut hors de la religion catholique. Désolé, de mon index, je m’étire l’œil... Décidément, le pape cherche le trouble. à cet égard, sera-t-il nécessaire d’avouer que je suis loin d’être ultramontain. Parce que je ne vois guère l’intérêt de défendre le pouvoir pontifical, pas plus que l’existence du siège. Quoi qu’il en soit, je dois le remercier, car Benoît XVI, avec ses élucubrations, confirme mes positions.

Vous aurez compris que ma lassitude ne se limite point au christianisme. Parce qu’il semble que par son origine et sa définition l’islamisme soit, lui aussi, une confession bien restrictive (islam signifiant soumission à Dieu en arabe). Un monothéisme strict, autoritaire et limitatif qui non seulement aveuglent trop de musulmans, mais qui s’obstine à garder injustement les femmes à un rang inférieur. Pour moi, ce seul et unique détail suffit à dénigrer la confession tout entière. Néanmoins, j’étais curieux. L’histoire nous dit que Mahomet, né en 570 après Jésus-Christ, fondateur de la religion musulmane, fut celui qui suite à une vision de l’Archange Gabriel (il en fit des apparitions, celui-là) aurait été investi d’une mission divine qui l’amena à prêcher la foi en un Dieu unique (Allah), le renoncement à la vie facile ainsi que la venue du jugement dernier. Voilà quelque chose de sérieux, de solide sur lequel je pourrais fonder ma vie... !? Il n’a pas à redire, ce sont tous des culs-de-sac. Je suis insolent ? Non, je suis lucide. Par bonheur, je ne suis pas seul. L’embarras c’est que nous sommes encore trop peu nombreux. Minoritaires face à la foule pratiquante et répertoriée. Environ 5,6 milliards. Mais qu’est-ce qui peut bien y avoir dans la tête des humains pour s’y accrocher si fort ? Je mets n’importe qui au défi de me trouver les textes d’une seule religion qui vaille la peine de faire ce que nous avons fait, ce que nous sommes en train de faire. Mais j’y pense, à lire un texte sacré en boucle, notre esprit s’enliserait peut-être.

Enfin, vous admettrez qu’à travers mon sarcasme, il y a un peu de vérité. Quel beau gâchis !

Avant de me diriger vers la fin de ce volet, je ne saurais trouver soulagement dans ma critique si je ne mentionnais pas l’erreur monumentale commune aux cultes de groupe. Celle de préserver dans notre cœur, dans notre esprit la valorisation d’une vie après la vie. D’un au-delà qui surpasserait tout. La vie éternelle... Une vie heureuse, pleine de paix et de bonheur dont rêvent si fort les chrétiens. Une liberté totale ù les musulmans joueraient de leurs soixante-dix vierges et mangeraient du porc à se défoncer la panse ou je ne sais quoi encore... Cette croyance qui encense une vie éternelle au détriment de ce que je considère être l’ultime produit de l’univers asphyxie notre raison. La conscience n’est-elle pas l’aboutissement ultime de l’univers ? Cette phénoménale évolution cosmique depuis le Big-bang pour en arriver à cette chose si extraordinaire, si mystérieuse ; la conscience d’être en vie, et la capacité de modeler notre milieu ambiant. Qu’elle existe ailleurs ou non, n’y change rien, la — conscience d’être — est le seul grand mystère de l’univers. En fait, nous sommes l’Énigme. Et dans notre quotidien, nous y sommes si indifférents !

Que peut-il avoir de si attrayant dans l’au-delà pour que l’on puisse en arriver à mettre en second plan la splendeur de cette vie, de cette vie terrestre ? Pire, l’oublier, la déprécier, la détruire ?

Je vous en prie, faisons abstraction de ces religions et spiritualités pour un instant. Ne conservons à l’esprit que le grand mystère, celui qui irréfutablement sous-tend l’univers, qui existe au-delà de tous les hommes, et qui nous est commun à tous. Maintenant que nous savons que l’Homme, à l’instar de tout ce qui existe sur cette planète, n’est rien de plus que le simple aboutissement [qualificatif si incongru pour une chose si extraordinaire] d’une longue et complexe évolution, qu’arriverait-il si nous apprenions officiellement qu’après la mort nous disparaissions sans aucune autre destinée ? Cela enlèverait-il si ce n’est qu’une parcelle du précieux, du merveilleux de cette vie ? Si vous répondez non à cette question, imaginez le mal et les misères que les hommes se sont infligés ? Qu’ils s’infligent toujours. Pourquoi ?

Par contre, si vous y répondiez par la positive, vous me laisseriez plus que songeur…

N’allez pas présumer que ma sévérité envers les religions m’empêche de saisir le message original. Celui sur la foi. Cette foi religieuse qui, par tant de métaphores, tant d’allégories, croule sous le poids des Textes sacrés. De laborieux écrits par lesquels l’esprit de l’humanité n’arrive pas à s’assagir, et ce, malgré des millénaires de tentatives.

Tenez-vous-le pour dit, je n’ai rien contre les chrétiens ou les musulmans, j’en ai contre les pratiques cultuelles. Bien qu’il y ait du bon, elles ont la tendance historique à emboutir notre sens de la réalité. à nous faire perdre de vue l’essentiel. J’entends des sages me rappeler qu’il n’y existe point de mauvaise chose, que son interprétation, que son usage. C’est vrai. Elles n’en demeurent pas moins des incubateurs propices à la négativité, au déséquilibre. Également, contre les nations qui appliquent et pratiquent leurs traditions religieuses comme si nous étions dans l’Antiquité. Comme si leur esprit, en dépit du temps et des misères vécues, n’avait pas su faire la part des choses. Lorsque ces pratiquants comprendront que c’est dans cette vie uniquement qu’ils peuvent améliorer leur sort et non dans une autre, je les saluerai alors d’une profonde révérence. À l’égal des chrétiens, des juifs ou de tout autres pratiquants, les musulmans, plusieurs d’entre eux seront d’accords, j’en suis convaincu, sont pris au piège par leur propre croyance. Parmi les confessions, nombreux sont ceux qui gaspillent leurs vies à suivre non pas le message au pied de la lettre, mais une interprétation du message qui appartient à un passé fini. Terminé. C’est cela l’imbroglio historique.

Plus nous garderons notre regard sur le passé, plus notre esprit prendra du retard.

À vrai dire, qu’ils soient fidèles au Pape ou à Mahomet, je suis saturé de ce dogmatisme, de cette aliénation mentale. D’un point de vue théologique, c’est là que je jette mon anathème. Le mien. De tout ce dont nous avons été témoins, je veux dire deux mille ans plus tard, il y a de quoi abhorrer les religions. Le plus dangereux est que si ces croyants inconditionnels n’arrivent pas à s’en libérer l’esprit, et parce qu’ils la préconisent cette vie après la mort, cela risque de nous pousser à les détester. Ce qui serait bien dommage. Car la vie, la présente, est notre seule et vraie vie, notre seul vrai privilège. Parce que son sens véritable est dans la vie elle-même, dans son respect, et non dans la mort.

Au bout de compte, dans la foi religieuse, je crains qu'il y ait une anomalie fondamentale. Il y a beaucoup à parier [même si ce parie est impossible à conclure] qu’il n'existe aucune voix extérieure qui nous entende. Chose sur laquelle toutes, absolument toutes les croyances de l'homme sont fondées. Or, dans notre for intérieur qui je le souhaite a suffisamment évolué pour le ressentir, il est fort possible que la seule chose qui puisse nous entendre et nous répondre soit celle de cette voix intérieure. Celle de notre propre conscience. Rien de plus. Mais cette possibilité-là, personne ne veut l'envisager, car elle fait peur. Voilà l’origine, à mes yeux, de la confusion humaine.


L’impasse se perpétue

C’est par la religion que nous avons trouvé Dieu, et c’est par elle que nous risquons de perdre le sens du mot Dieu. La science nous a permis de franchir le mur de l’ignorance, la religion d’atteindre le plafond de l’intolérance. C’est la science qui entretient notre suffisance, mais c’est la religion qui l’amplifie. La religion et le sens véritable de la vie sont contradictoires. La science et le sens de la vie ne devraient pas l’être.

Bien étrange cette cervelle humaine. Par la science nous aurons saisi que notre origine est évolutive et non mystique. Pour autant, dans nos têtes rien n’a changé. Puisque par le truchement de la religion (spiritualités incluses), et ce, pour la plupart d’entre les humains, nous continuons de croire dur comme fer à cette destinée divine. Comme si cela procurait un sens à la vie, à notre vie. Comme si cela changeait ce qui importe vraiment.

En y réfléchissant bien, c’est peut-être cette pensée d’origine et de destinée divines que nous entretenons avec tant de férocité qui a distordu, et distord encore actuellement, tous nos faits et gestes.

Il n’est pas banal de savoir que la science découvre peu à peu que les particules entourant les atomes, composants de la matière, ne sont pas solides, mais plutôt des amas d’énergie en constante transformation. Découverte qui, à la satisfaction des mystiques, rapproche la science de la religion dans une vision commune. Une vision qui existait déjà à l’origine. À mes yeux, les deux domaines ont toujours eu le même but. Excepté que la science ne pourra jamais l’exprimer ainsi et la religion n’y voit que cela. Je précise, la science dirige le regard sur nos origines et la religion que sur notre destinée.

Enfin, ce que je pointe ici se rattache plus à l’approche contemporaine qu’à l’interprétation en sagesse que les Anciens auraient pu en faire.

À notre époque, la religion n’encombre plus la science, elle encombre notre pensée.

Il y a vingt-cinq ans, j’aurais écrit ceci : pendant que la religion admet Dieu par quiddité, la science le reporte le plus loin possible. Lorsque les explications scientifiques sont épuisées, la science se retire et laisse place aux théologiens et philosophes. À l’inverse, lorsque la religion s’arrête et crie au miracle ou à la malédiction, la science poursuit et explique. Comme éloignant un peu plus chaque fois ce dieu intervenant que nous chérissons et cultivons si fort collectivement. Confirmant ainsi, au grand plaisir des dévots, qu’il est grand le mystère de la vie. Mais en a-t-on besoin pour nous le rappeler ?

À présent, je renchéris avec ceci : les enjeux scientifiques et technologiques modernes sont vraisemblablement parmi les coupables de la frénésie matérielle dans laquelle nous baignons. Pour autant on ne pourra jamais les réduire à un idéal philosophique, encore moins religieux. Aussi parce que la science, s’appuyant sur la raison, sur une ouverture d’esprit, sur l’échange d’idées et de possibilités, parce qu’elle progresse sans répit entre la théorie et la pratique, nous oblige à un questionnement perpétuel. En ce sens, elle protège l’esprit humain de tout statisme, de tout dogme ou absolu divin. La science est une formule d’apprentissage, une recherche permanente du mieux comprendre. Le domaine de la science est par conséquent irréductible, son milieu dynamogène.

Cela dit, ce n’est pas la non limitation de la science qu’il faut craindre, mais plutôt celle de la morale de ceux qui l’exploitent.


Une réprimande commune

Le seul reproche dont j’accuserais la science, ou plutôt la communauté scientifique est qu’elle accapare une découverte comme un absolu, comme une vérité inaltérable. Cela fait des siècles que les hommes butinent de découverte en découverte et pourtant, devant une nouvelle possibilité, elle se fond en incrédulité et en scepticisme, jusqu’à ce que celle-ci devienne — sa nouvelle vérité —. Une vérité scientifique. Mais n’est-ce pas là aussi une caractéristique religieuse ? J’y vois un trait typiquement humain. Par bonheur, il existe des scientistes d’une nouvelle école de pensée. Plus large, plus progressive et plus prompte aux changements qui s’expriment par un esprit de mouvance et qui expliquent les choses telles qu’ils les connaissent, sans prétention d’absolu.

Nonobstant ce dernier détail, difficile de cacher ma préférence pour la science et impossible de nier mon aversion pour la religion. L’humanité se portera mieux lorsque les cultes religieux ne seront plus des pratiques, lorsque nous les considérerons comme faisant partie de l’Histoire, simplement. Précieuses et utiles à titre historique et pédagogique, elles devraient être mise sous verre dans un musée… dans le beau musée de la triste histoire de l’Homme.

Alors, je me repose la question : qu’en est-il de ce fameux mécanisme mental, de notre façon de réfléchir ? Les deux principaux courants qui mènent le monde nous ont-ils été bénéfiques ? Si nous le voulons, nous pouvons agir. Mais en sommes-nous capables ? Sommes-nous plus à l’écoute de la Terre, de nos semblables, de nous-mêmes ? J’avoue que j’en doute. Si nous regardons notre façon d’exploiter la planète, notre façon de gouverner les nations, de régler les conflits, notre apathie face à la pollution, aux changements climatiques, notre propension à la guerre, il devient difficile de dire que nous avons gagné en sagesse.

Ce qu’on ne peut réfuter d’autre part est que la progression ultrarapide des deux derniers siècles, par une imbrication subséquente de divers outils, nous a permis d’agrandir avec substance l’envergure de nos connaissances ainsi que de nos expertises. De ce fait, s’il faut convenir un jour que la religion fut de tout temps obstructive, de son côté la science, ne servant que le quantitatif, n’aura en rien ou que très peu favoriser notre mental ; notre clairvoyance et notre sens du discernement n’ayant pas fait leurs preuves. Que je sache, en ce début 2008, nous sommes encore aux prises avec la même situation que Copernic ou Galilée l’était, il y a de ça quelque cinq siècles passés. Il n’y a pas de doute, notre qualité de vie matérielle s’est améliorée. Et c’est formidable. Mais impossible de nier que la qualité de notre pensée, elle, semble s’être plafonnée. Immobilisée.

Par comparaison, si en science paléontologique on parle de chaînon manquant, en religion on peut certes parler de chaînon risqué. Risqué autant pour nous que pour Dieu, qui peut-être entrevoit une fin plus noble pour la race humaine. L’homme restera une espèce à haut risque tant et aussi longtemps qu’il n’aura pas surpassé la pensée nombriliste. Comme son évolution physique, son psychique passe par des étapes obligatoires. Au début, on avait la pensée primitive, vint ensuite la pensée antique, puis la renaissante. De notre temps, bien qu’un bon nombre d’hommes aient atteint la libre pensée, on patauge inlassablement dans une vase théologique. C’est le chaînon risqué.

Réflexion faite, je suis déçu. Attristé de faire le constat que sur les plans individuel et collectif nous manifestions une si forte stagnation mentale. C'est-à-dire que nos esprits sont comme des blocs de pierre que l’on voudrait déplacer, si nous ne subissons pas de choc, rien ne se passe.

L’interrogation qui me vient alors ; si ni la science ni la religion n’ont pu favoriser le mécanisme de notre pensée, qu’est-ce qui le fera ?


Fin de l'extrait



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